Le temple de Karnak ou la maison des Pharaons.

RamsesII.jpg

    Dans le temple de Karnak à Louxor, la statue de    Ramsès II représentée avec son épouse Néfertari, de taille beaucoup plus modeste, ne passe pas inaperçu. Sans nul doute, le plus célèbre de tous les pharaons grâce au cinéma hollywoodien qui le    mit à l’honneur, son règne de 66 ans fut exceptionnellement long. Fils de Séti 1er et de la reine Mouttouya, le troisième pharaon de la XIX dynastie lutta comme son père contre les hittites et    fit construire de nombreux temples en Nubie dont ceux réputés d’Abou Simmel. On lui attribue également la victoire de la grande bataille de Qadesh en l’an IV de son règne contre l’ennemi    héréditaire.

    Mais plus qu’un lieu de culte, le temple servait également de maison familiale aux pharaons. Et le simple fait    d’imaginer que Ramsès II et Néfertari aient déambulé entre ces mêmes murs et foulé ce même parterre que je foule à mon tour comporte quelque chose de fascinant.

Publié dans Egypte | Marqué avec , , , , | Un commentaire

Dubaï et Dubai Creek.

   Ces dernières années Dubaï est sortie de l’anonymat pour devenir la destination phare en matière de tourisme. Des investisseurs du    monde entier misent sur cette ville à l’avenir prometteur. Il faut dire que la main d’œuvre venue de l’Inde, du Pakistan, et du Bangladesh est bon marché, et la manne touristique    importante.

   Mais ce tour de force elle l’a réussie grâce à la richesse provenant de l’or noir. Ainsi, elle a pu se payer un    lifting complet.

   Reconstruire une ville ultra moderne où de vertigineux buildings dessinés par les plus grands architectes    scintillent comme de l’or faisant pâlir de jalousie les grattes ciel de New York.

   Implanter des complexes sportifs au standing inégalé où se jouent des compétions mondiales, comme par exemple le    circuit de formule un d’Abu Dhabi.

   Ou bien faire naître de la mer grâce à des millions de tonnes de sable venu du désert une île en forme de palmier où    les célébrités aux comptes bancaires bien plein pourront faire bâtir des villas de luxe.

   Ou encore construire en plein désert une station de ski parfaitement adaptée pour le loisir comme l’entraînement de    haut niveau.

   Oui, Dubaï c’est la ville de la démesure et du luxe où la richesse et la modernité sont monnaies    courantes.

   Mais Dubaï ne doit pas oublier qui elle est et d’où elle vient. A Dubaï Creek, dans la veille ville, les dhowns, ces    majestueux boutres qui ont de tout temps assurés le commerce des Emirats, se balancent indifférent à la ville moderne, sur un bras du Golf Persique. Le clapotis de l’eau continue de jouer sur    leurs flans une musique immuable qui perpétue le souvenir de la tradition. La veille ville grouille de vie. Tous les marchants traditionnels se retrouve dans la bonne humeur étalant dans la rue    leur marchandises colorés. Ce sont eux qui font battre le cœur de la ville. Car le luxe c’est bon pour les riches, mais le peuple lui c’est ici qu’il vit.

L’âme et l’histoire de Dubaï ne se trouvent pas dans les palais dorés mais bel et bien dans les souks et les    mosquées de la veille ville.

Il faut se promener dans les dédales des rues jonchées par un amoncellement de marchandises pour comprendre et aimer    Dubaï. Les couleurs et les odeurs dansent autour de vous égaillant vos sens tandis que quelques notes d’une musique orientale parvenant jusqu’à vous vous charment et vous envoûtent.

Là au milieu des tapis, des épices et autre marchandises en tout genre, asseyez vous à la table de ces petits débits    de boissons. Soûlez-vous des bruits des odeurs, en dégustant un thé sirupeux dont l’arôme complétera ce bouquet d’exotisme. Vous vous sentirez alors au royaume des milles et une    nuits.

img054_opt.jpg

Si vous désirez rejoindre l’autre rive où s’étend la veille ville, les taxis flottant que l’on appelle ici abra vous feront traverser. A moins que ne vouliez juste vous promener    sur le bras de mer qui sillonne le centre de cette ville millénaire. De temps en temps vous verrez un dhowns lever l’ancre et mettre le cap, comme il l’a toujours fait, vers l’Inde ou l’Afrique    de l’est pour faire des échanges commerciaux.

En regardant la voile de ces élégants voiliers s’ouvrir, dites-vous que ce sont eux qui ont fait naître    Dubaï.

Texte et photos : Patrice Ferry.

Carte et Itinéraire.

 


Agrandir le plan


Publié dans Emirats-Arabes-Unis | Marqué avec , , , , , | Laisser un commentaire

Sur les routes rodriguaises.

img125photoshop-1-.jpg

Qu’il fait bon marcher sur les routes rodriguaises ! Pour visiter cette petite île d’origine mauricienne    vous pourriez prendre le bus, commander un taxi, ou louer une voiture. Mais croyez-moi, le mieux est encore de marcher le long des routes et des chemins en levant votre pouce de temps en temps    sans plus vous soucier du temps qui passe.

Au milieu de cette campagne qui a tantôt des airs de savane australienne avec    ses eucalyptus, tantôt des airs de brousse africaine avec ses acacias, vous prendrez toute la mesure de cette île hors du temps. Plus rien ne bouge autour de vous. Il n’y a plus de bruit, plus de    circulation intense malgré le ruban d’asphalte que vous suivez. Le temps semble ne pas avoir d’emprise sur l’île comme sur les habitants. Vous vous en rendrez compte en croisant ci et là un rodriguais s’en retournant lentement de la mer, une grappe de poissons à la main. Quand il sera à votre    hauteur, il vous fera de grands signes comme s’il vous connaissez depuis toujours. Ici la vie est simple et sans artifice. Rien ne presse, rien n’est grave. Ne cherchez pas la traduction du mot    stress dans la langue rodriguaise, elle n’existe pas. Du coup un doux sentiment de liberté souffle sur vous comme la brise légère qui vous caresse et court sur ces verts pâturages où paissent    quelques zébus. Alors la joie submerge votre corps comme le lagon inonde le paysage de sa beauté lumineuse.

En faisant du stop vous irez à la rencontre des autochtones dont la gentillesse et la sincérité, qui ont été épargné    de nos systèmes corrompus par l’argent, vous troubleront.

Sur les routes rodriguaises vous redécouvrirez la nature comme vous redécouvrirez la nature de l’homme. Sur les    routes rodriguaises, vous redécouvrirez le monde.

Texte et photos : Patrice Ferry.

Situation géographique dans le monde.


Agrandir le plan


Publié dans Ile Rodrigues | Laisser un commentaire

Saluons le château fort de St Saturnin de Tartaronne.

   Si autrefois, nous nous devions de saluer le château en passant devant sous peine d’être mis au cachot, aujourd’hui nous ne pouvons que saluer la renaissance de cet édifice classé monument historique qui à bien failli passer aux oubliettes.

L’atmosphère mystérieuse de st Saturnin.

   Non loin de la petite ville de la Canourge en Lozère, au pied de l’impressionnant rocher des trois dents, le pittoresque village de st Saturnin peut désormais s’enorgueillir de ce qu’il a de plus beau, son château fort.

   Au centre de ce hameau de pierres et d’ardoises qui voit passer autant de vaches que de voitures, il règne une atmosphère particulière. Il suffit de s’asseoir sur l’un de ses bancs, à l’ombre des tilleuls odorants, pour s’en rendre compte. Alors, dans le silence écrasant d’un après-midi d’été, peut être entendrez-vous ce que les murs du château ont à vous dire de plus secret. Peut être comprendrez-vous la douce mélodie de la source qui coule depuis toujours, charriant l’histoire de cette forteresse ayant traversé les âges et qui aujourd’hui, renaît de ses ruines. La résurgence de Roquaizou, qui est le plus vieux témoin de ce site historique, confiera à qui voudra l’entendre, dans un léger murmure, que c’est elle jadis qui faisait vivre les habitants en alimentant les moulins de la région.

L’état du château.

   Dans la grande et belle salle du château où trônent deux immenses cheminées, M. Vaysset, responsable des travaux de restauration, me dit du haut de son échafaudage, qu’il aura fallu huit années de travail pour arriver à ce résultat. C’est qu’il y avait beaucoup à faire dans cette forteresse du treizième siècle. Les quatre tours, dont le magnifique donjon, partie la plus ancienne de l’édifice, ont été restaurées. L’architecture a été restituée à l’identique, et la toiture entièrement refaite. Il est vrai, qu’au-dessus de nos têtes, les charpentes massives sont neuves.

Pourtant, à bien y regarder, on comprend que cette construction moyenâgeuse a souffert. Les pierres délabrées de certains pans de mur qui portent encore les stigmates du passé laissent échapper leurs plaintes aigues au contact du vent.

« Mais la tour carré et la tour nord ouest sont emménagées », s’empresse de me dire M. Vaysset. Et il faut bien reconnaître que l’ensemble du bâtiment principal est en assez bon état.

Mais il n’en fut pas toujours ainsi !

Le dernier Seigneur du dix-neuvième siècle.

   De comtes en comtes, de guerres en guerres, de pillages en pillages, le château en a vu de toutes les couleurs. Une habitante du village m’apprend que le dernier seigneur du dix-neuvième siècle ayant habité le château était le comte Casimir de Freissinet. Sa tombe se trouve dans le petit cimetière du village, tout contre l’église qui était autrefois la chapelle du château. On dit que le comte n’avait plus toute sa tête à la fin de sa vie. Il charriait des pierres sur le causse pour faire pénitence. Il gravait des inscriptions incohérentes sur les murs et avait même offert à une de ses servantes, une tunique portant une tête de mort. La pauvre servante en fut si malade qu’elle en mourut. Le comte termina sa vie dans un hôpital de Mende où on soignait ses dérives mentales. Avant de mourir, il légua le château à l’évêché.

Mais à qui appartient le château aujourd’hui ?

 

Les propriétaires du vingtième siècle.

    On m’apprend que l’ancien propriétaire habite à deux pas du village. C’est monsieur Agnel. Celui-ci me confirme que le château fut en sa possession dans la seconde partie du vingtième siècle. Mais le château a d’abord appartenu à son grand père, M. Camille Samson dès 1906 qui le racheta à l’évêché de Mende pour la somme de 800 francs.

« Le château à été vandalisé à moult reprises », déclare M. Agnel. D’ après ce dernier, à l’époque, beaucoup de gens provoquaient la perte des châteaux en les pillant. Certains, pour des questions de jalousie ; Car ces nobles constructions représentaient la puissance et la richesse. D’autres pour s’enrichir tout simplement. Ainsi retrouve-t-on le linteau de la porte principale dans le château de la Caze, non loin d’ici. Quand au blason, c’est M. Samson qui le vendit pour 500 anciens francs à ce même château.

   Mais il y eut plus grave. M. Agnel, prenant un ton plus solennel, me confit que le château détenait la plus belle et plus importante bibliothèque de toute la région. Malheureusement, les magnifiques manuscrits qui ornaient cette dernière furent entassés dans la cour et brûlés. Par qui et pourquoi ? M. Agnel n’en dira pas plus…

   Il avouera cependant que le château était en déperdition bien qu’il tenta en vain de le rénover en 1975. Il acceptera de le vendre en 1995, à madame Feydeau, fille du comte de Laubespin. Ces derniers obtinrent la même année, de le faire classer au titre de monuments historique, et entreprirent les travaux de restauration qui le sauvèrent, quelques années plus tard, définitivement de la ruine. Ces nouveaux propriétaires qui réussirent ce tour de force grâce à leur passion pour le château de st Saturnin ne sont autres que les descendants de Béranger de Sabran-Montferrand, grand-père du célèbre pape Urbain V. Et n’oublions pas qu’ l’époque du pape, Grégoire de Grimoard de son vrai nom, les gens qui passaient devant le château étaient dans l’obligation de le saluer sous peine d’être emprisonné.

Alors, si vous passez dans le coin…

Texte et photos : Patrice Ferry.

Plan et itinéraire.

 


Agrandir le plan


Publié dans Causse Méjean | Marqué avec , , , , , , , | Laisser un commentaire

L’Ascension du Piton de la Fournaise.

 Un des plus fascinants phénomènes naturels qui soient, un des plus meurtriers aussi, les volcans inspirent le respect et font trembler la terre comme les consciences. Dans l’esprit de beaucoup de gens, escalader leurs flancs alors même qu’ils sont en éruption, serait une folie. Car nombreux sont ceux qui y ont laissé leur vie. Pourtant, si on apprend à les connaître, certains types de volcans se laissent approcher, non pas sans prendre toutefois quelques mesures de sécurité, et nous offrent un spectacle de son et lumière extraordinaire. C’est à travers l’ascension d’un des plus actifs volcans de la planète que je vous invite à découvrir le Piton de la Fournaise.

 Tous les réunionnais vous le diront, pour escalader le volcan dans le sud-est de l’île, mieux vaut se lever tôt, « grand matin » comme ils disent. Car le chemin pour s’y rendre est long. Il y a d’abords le trajet en voiture. La route serpente à une altitude de2350 mdans le massif forestier du Piton dela Fournaisejusqu’au parking du Pas de Belcombe, point le plus avancé pour les véhicules. Puis une marche physique de 4 h 30 commence dans un décor minéral pour atteindre le sommet qui culmine à2631 m. Mais la distance n’est pas le seul facteur qu’il faut prendre en compte, la météorologie qui déterminera les conditions de l’ascension, n’est pas à négliger. Une randonnée de cette difficulté ne serait se faire sous la pluie à cause des risques de chutes sur les roches volcaniques coupantes comme du verre, et de l’insécurité soudaine que la surveillance du volcan rendu caduque engendrerait. Une visibilité nulle ne permettrait pas non plus de se rendre compte du splendide décor environnant, ni d’observer l’éruption au sommet.

A l’approche du volcan, le paysage change sensiblement. Les forêts de bois tropicaux font place à une végétation arbustive où les roches prennent peu à peu le dessus. L’altitude, qui se fait sentir jusque dans les oreilles par des compressions désagréables, nous offre une vue imprenable sur le sommet le plus élevé de l’île, le Piton des Neiges. Suspendu dans les nuages, cet ancien volcan peut s’enorgueillir de sa grandiose beauté. Car on lui doit la naissance de l’île, il y a 2 millions d’années. La formation plus récente du Piton dela Fournaise(530 000 ans) porta la superficie de l’île aux dimensions que l’on connaît aujourd’hui.La Réunionn’est autre que deux massifs volcaniques surgis de la mer par un mécanisme géologique appelé point chaud. C’est à dire un volcanisme ‘’inter plaques’’ (qui à lieu dans les plaques terrestres), et non aux frontières de celles-ci qui est un volcanisme de dorsale ou de subduction.

Avant d’arriver au terminus routier, une piste cahoteuse de terre ocre nous plonge dans un paysage extraterrestre où toute trace de végétation a disparu. Tout n’est que scories, lapilli, et cendres volcaniques. Ce haut plateau que l’on appellela Plainedes Sables a été recouvert des projections du Piton Chisny il y a 2000 ans environ. La piste se termine par un vaste parking. Il faut ensuite continuer à pied. On arrive alors sur le site du pas de Bellecombe qui nous offre un magnifique panorama sur l’enclos où s’élève le Piton dela Fournaise. Ilest là devant nos yeux, immense, occupant toute la vue. On le croirait tout proche tellement il rempli l’espace. Mais ne vous y fiez pas, à bien y regarder, les points minuscules qui se promènent dessus ne sont autres que des personnes. Ce qui détermine approximativement l’échelle de ce géant de feu.13 kilomètresnous séparent de son sommet. En bon marcheur, il faut compter 4 h 30.

Le nom de Pas de bellecombe nous vient de Guillaume Léonard de Bellecombe, gouverneur de l’île au 18ième siècle. Au cours de l’expédition de 1768 visant à reconnaître le volcan, le gouverneur, M. Crénom, M. Monfleury et des esclaves se retrouvèrent bloqués précisément sur ce rempart où est établi aujourd’hui le point de vue. Exténué de fatigue, et ne trouvant de chemin pour accéder à l’enclos situé400 mètresplus bas, le gouverneur fit demi tour. M. Crémon, plus pugnace, continua et promit six pièces de toile bleue aux noirs qui trouveraient un pas dans le Rempart. Après bien des recherches, un esclave trouva un passage. Et bien que le gouverneur ne fut plus présent pour la suite de l’expédition, on lui légua son nom.

Sur cette falaise dominante, quelque peu à l’écart des projections volcaniques, la végétation a repris ses droits. Les lichens côtoient les fougères, les goyaviers se mêlent aux filaos, les bois chapelet ornent de leurs grappes fleuries le sol rocailleux, et les branles verts, sorte bruyère arborescente endémique, ajoutent leur touche de couleur. S’accrochant dans les moindres interstices, ils partent tous à l’assaut des pentes abruptes. A la manière de ce sentier tortueux qui chemine en lacet et s’accroche lui aussi tant bien que mal aux parois vertigineuses.

 

Une fois dans l’enclos, le contraste est saisissant. Une mer, au noir moutonnement, nous barre la route. Alors, incertain, on se jette à l’eau. Nos pieds ne foulent plus la terre ferme, mais un amoncellement de laves refroidies. Ce type de terrain, bien spécifique, est le résultat d’un affaissement produit par une ancienne éruption. Lorsque la chambre magmatique, qui se trouvait sous le cône volcanique éruptif s’est vidée, la masse de matériaux rejetés devenue trop lourde a entraîné un effondrement faisant place à un vaste chaudron qu’on appelle caldeira. L’enclos Fouqué, en forme de fer à cheval, est la plus récente caldeira du Piton de la fournaise. Mais cette zone à proximité du dôme sommital, n’est que la partie haute de l’enclos. Son altitude moyenne se situe entre 2200 et2000 mètres. L’enclos, dans sa totalité, a le profil d’un toboggan continuant vers l’est en s’épanchant jusqu’à la côte. La partie qui descend au niveau des400 mètresd’altitude est nommée les Grandes Pentes. Au-delà et jusqu’à la mer, c’est le Grand Brûlé. Délimité par des remparts semblables à celui du Pas de Bellecombe, ses dimensions sont importantes :13 kilomètresde long sur9 kmde large. Aussi, a-t-on balisé le chemin qui mène au sommet. Car, par temps de brumes, il serait très facile de se perdre dans cette mer de laves.

Bien sûr, ce paysage lunaire n’admet pas ou peu de végétation. Seuls, quelques branles verts, au début de notre progression sur la caldeira, prennent racines dans les anfractuosités rocheuses. Car il faut savoir, que dès que la lave s’est refroidie, un processus de colonisation végétale se met en place. Et le volcan, aussi surprenant que cela puisse paraître, n’est pas étranger à ce processus. En effet, le feu n’est pas le seul élément qu’il projette dans l’air. Des gaz chargés de sels nutritifs fertilisant tels que la chaux, le phosphore, la potasse, l’alumine, le fer, et la magnésie font aussi partie des projections. La nature est bien faite finalement, puisqu’elle a prévu d’arranger d’un côté ce que de l’autre elle détruisait.

De nombreux cratères ponctuent l’enclos Fouqué. Et la première formation que l’on rencontre en suivant la ligne blanche au sol, n’est pas la moins originale. Le Formica Léo date de 1753 et se distingue par sa couleur rouge et sa forme particulière. C’est de sa similitude avec les trous que font les insectes Formica Léo pour piéger leurs proies, qu’il tient son nom. Mais la comparaison s’arrête là car sa taille tient plus d’un îlot que d’un trou d’insecte.

En continuant sur le balisage, le terrain devient parfois très accidenté, avec des creux profonds et des hautes crêtes. Pour mieux progresser dans ce chaos minéral, l’œil cherche les passages les plus faciles. En s’habituant à cette gymnastique, il finit par donner à notre cheminement une cadence régulière.

Les branles verts ont maintenant complètement disparus de la circulation. Tout n’est que matière volcanique. La base du dôme sommital est toute proche. Un autre édifice, tout aussi réputé que le Formica Léo, marque la frontière avec l’ascension finale, c’est la chapelle Rosemond. Cette formation volcanique qui fait penser à une petite chapelle naturelle est due à l’accumulation de paquets de laves fluides le long d’une fissure éruptive.

Au-delà on s’attaque au piton central. La pente s’accentue considérablement et mieux vaut faire une pause avant de continuer. On dit que le Piton dela Fournaise est un volcan bouclier car ses pentes sont douces et sa forme en rappelle le dessin. Mais, si de loin cet argument apparaît comme une vérité évidente, sur place on sera plus mitigé !

Sur les pentes relativement douces donc, on pourra admirer les anciennes coulées de laves. Les laves cordées sont des laves fluides dont la surface est lisse. Peu chargées en gaz, elles s’écoulent assez rapidement sur les pentes. Une fois refroidies elles font penser à de la mousse au chocolat ou des cordes superposées. Les laves en grattons sont des laves visqueuses. Chargées de gaz, elles s’écoulent plus lentement. Et quand elles refroidissent, leur surface est très rugueuse. Mais ces dernières sont plus rares dans ce type de volcanisme.

Peut être vous demanderez-vous, alors que nous gravissons les pentes du volcan en éruption, s’il se pourrait qu’une coulée nous atteigne ?

Tout dépend du lieu précis de l’éruption. Mais c’est peu probable, car ce type de volcan assez prévisible est surveillé en permanence par l’observatoire dela Plainedes Cafres. Le chemin que les autorités locales ont ouvert à la visite est théoriquement sûr. Et puis, de par ses caractéristiques, ce volcan reste l’un des moins dangereux de tous.

De type hawaiien, ses éruptions sont effusives et non explosives. La lave fluide s’écoule calmement. C’est d’ailleurs pour cette raison que le cône central à la forme d’un dôme. Et bien qu’il y ait des projections de bombes, de lapilli, et de cendres, ainsi que de gaz surtout lorsque la lave rencontre la mer, les conséquences ne sont jamais très graves. Excepté peut être en 1977 quand des coulées engloutirent une partie du village de st Rose, ou en 1986 quand elles détruisirent quelques habitations du Tremblé. Mais là, les éruptions s’étaient produites exceptionnellement hors enclos.

A proximité du sommet, la température chute de quelques degrés. Les remparts délimitant l’enclos ne nous protègent plus du vent, et l’altitude a passé la barre des2500 m. Voilà plus de 4 heures de marche et les deux cratères sommitaux ne sont toujours pas en vue. Les gens que je croise ont le visage illuminé et discutent de façon animée. C’est plutôt bon signe. Dans les muscles, la fatigue commence à se faire sentir mais le paysage à coupé le souffle est un bon antalgique. Puis la curiosité se faisant plus forte, une question sort toute seule de la bouche :

       — C’est encore loin ?

   — Non vous y êtes, répondent des randonneurs qui redescendent. Pourtant nous marchons encore et encore ! Y aurait-il des Marseillais au Piton dela Fournaise ? C’est possible. Enfin, après d’ultimes efforts, un attroupement le long d’une corde de protection annonce l’arrivée. L’éruption est là, à quelques pas. On ne la voit pas encore mais on l’entend. Des grondements sourds nous donnent la chair de poule. A moins que ce ne soit la fraîcheur. En tout cas c’est impressionnant. Arrivée au sommet de la paroi du Dolomieu, le cratère principal, le spectacle ne déçoit pas. Une cheminée conique couleur anthracite vomie, par jets saccadés, de la lave incandescente. Notre esprit, peu habitué à ce genre de vision, est subjugué. Par mesure de sécurité, la distance qui nous sépare de l’effusion est de600 mètres. Aussi, est il préférable d’avoir des jumelles et un zoom à son appareil photo.

 Une éruption de ce type se produit généralement toujours de la même façon. Le magma sous pression remonte dans la couche terrestre provoquant des séismes volcaniques, dits trémors. Puis, il se dégaze en fontaine le long de fissures pouvant atteindre des kilomètres de long. Ensuite, il se concentre dans une ou plusieurs cheminées. Quand la lave déborde du cratère, elle s’épanche sous forme de coulées cordées ou grattons le long des pentes dans un mélange de bloc, de cendres, et de boue volcanique que l’on appelle lahar. Le plus souvent les éruptions ont lieux dans le cratère Dolomieu, ou dans le cratère voisin que l’on appelle Bory. Mais elles peuvent aussi avoir lieux en divers endroits de l’enclos. Car l’activité volcanique souterraine s’étend à toute cette zone. Comme on l’a vu plus haut, elles peuvent également avoir lieu en dehors de l’enclos, mais c’est beaucoup plus rare.

 Dans tous les cas, le volcanisme reste un événement majeur dans la vie de notre planète. Mais ce phénomène encore mal connu est bien souvent et injustement identifié à la destruction et à la mort. Il faut savoir que les volcans sont aussi des bienfaiteurs quand ils fertilisent les sols de leurs sels nutritifs. Qu’ils sont des créateurs quand ils mettent au jour ces pierres, si précieuses et si convoitées dans le monde, que sont les diamants. Et puis surtout, qu’ils sont des vecteurs de vie indispensables. On leur doit notre existence car ils sont à l’origine de la vie sur terre. Mais ça c’est une autre histoire…

Texte et photos : Patrice Ferry.

Retrouvez mes aventures dan mon livre  »L’Aventurier Poète ».

Carte et itinéraire.


Agrandir le plan


Temps de la randonnée : 4 H 30.

Ce qu’il faut emporter :

_ De l’eau en quantité suffisante.

_ Même s’il fait chaud, emportez dans votre sac des vêtements chaud car le temps change très vite en altitude.

_ Une trousse de secours.

_ De la crème solaire, des lunettes de soleil, et un chapeau

_ Un imperméable.

_  Prévoyez aussi de bonnes chaussures de marche car certaines scories sont coupantes comme du verre.

_ De quoi vous restaurer car le trajet est long et éprouvant. Il faut pouvoir reprendre des forces pour éviter l’hypoglycémie.

Informez-vous :

   Les éruptions volcaniques n’ont pas toujours lieu aux mêmes endroits. De même que le paysage volcanique peut être chamboulé par ces dernières. Et certains accés peuvent être fermés pour cause de dangers imminents. C’est pouirquoi il est primordial de s’informer avant de se lancer dans une telle ascension. . Le site web qu’il faut consulter c’est celui de l’observatoire volcanique du Piton de la Fournaise :

http://www.ipgp.fr/pages/03030807.php

Conseil : Partez très tôt le matin afin de bénéficier d’un temps dégagé. C’est à ce moment là que vous prendrez les plus belles photos. Alors ne traînez pas trop à l’aller pour faire des photos sublimes au sommet.

Emportez avec vous mon livre d’aventure ici.

Publié dans Ile de la Réunion | Marqué avec , , , , , , , | Un commentaire